HISTOIRE DE BEZIERS

"Si Deus in terris, vellet habitare Biterris"

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LEGENDES DE BEZIERS

St Aphrodise | St Andriou | St Guiraud | Pépézuc | Lou Camel | Tuez-les tous | PomarèdesDivers

 Il était venu d'Egypte avec St Aphrodise. Après la mort de son maître, l'animal risquait la mort à bref délai. Mais une famille de potiers compatissante lui fournit la nourriture nécessaire. Quand Aphrodise fut reconnu comme Saint, les responsables municipaux considérèrent comme un honneur de prendre à la charge de la commune tous les frais de l'entretien de l'animal. Il lui offrirent donc une maison en début de rue (l'actuelle rue Malbec) et cette artère prit, à sa mort, le nom de "rue du Chameau". Le revenu du fief fut affecté par les consuls à l'achat de pain que l'on distribuait aux pauvres (symbolisé de nos jours par les coques), une fois béni par l'évèque, lors des fêtes des Caritats.

 

 Pour perpétuer son souvenir on fit construire une énorme machine de bois, revêtue d'une toile peinte, sur laquelle se distinguaient les armoiries de la ville et deux inscriptions sur ses cotés : l'une en latin EX ANTIQUITATE RENASCOR (je renais de l'antiquité), l'autre en langue occitane languedocienne : SEN FOSSO (Nous sommes beaucoup (fort/nombreux - une notion de cohésion par la force du nombre) - bien que "Sem Fosso" serait plus judicieux car "sen" à plutôt un sens de négation : "sans"). Sa forme actuelle remonterait au XIVème siècle. Cette machine, qui ne ressemblait guère à un chameau (plutôt un dromadaire) que par la tête, recelait dans ses flancs quatre hommes qui la faisaient mouvoir et imprimaient, par intervalles, un jeu saccadé à un long cou et sa machoire aux dents de fer. Ces grosses machoires furent appelées "Gnico-Gnaco" au XIXème siècle.

  On la voyait figurer dans toutes les fêtes locales religieuses ou politiques, spécialement dans celles qui étaient célébrées en l'honneur de Saint Aphrodise ou au cours des fêtes des "Caritats", le jour de l'ascension. Dans ces diverses occasions, le chameau était conduit par un personnage bizarrement costumé : le PAPARI (sans doute une altération de "Papalin/Papalino" : soldat du Pape) et escorté par un groupe de jeunes gens déguisés en sauvages, la tête ornée de feuillages et portant un pain en équilibre sur la tête. Autour de l'effigie, des bergers simulaient un combat incessant. Les corps de métiers suivaient l'animal et arrosaient la foule.

 

 

 Le chameau fut brûlé pendant les guerres de religion, reconstruit en 1632, brûlé à nouveau en 1793 sur la Place de la Citadelle avec tous les titres féodaux. Le "fief du Chameau", d'un revenu de 1500 livres affecté à son entretien, fut mis sous séquestre et, pour s'en emparer avec un simulacre de légalité, le chameau fut porté sur la liste des émigrés et dépossédé de ses biens. Il fut reconstruit en 1803, rebrûlé lors de la Révolution de 1830. Sa tête ayant échappé au désastre refit son apparition lors de l'inauguration de la statue de Paul Riquet. Réapparition de courte durée car il fut à nouveau détruit en 1848.

 Reconstruit à nouveau, il continue lors des fêtes locales à parcourir les rues de la cité. La tête actuelle date du XVIIIème. Dans les années 1970, l'armature fut refaite sur décision du conseil municipal. Cependant, les ouvriers chargés de sa rénovation voulurent donner l'apparence réelle d'un chameau, soit : deux bosses. Mais devant le mécontentement des Biterrois, on lui redonna son aspect légendaire.

 

 L'origine du chameau et des fêtes de Caritats pourrait trouver ses bases dans les fêtes Grecques du dieu Bacchus (dont on retrouve aussi des traces en Agde), importées par les Phocéens, où Bacchus était représenté montant un chameau. Des éléments de culte à ce dieu se retrouvent à Béziers (torse du Faune...).
La phrase "Sen Fosso" pourrait ainsi faire référence à la viticulture :  "Fosso" tiendrait alors son origine du latin "fossorium", en vieux français : "fosserer", "fossoyer", surnom de vigneron travaillant au fossoir (ancien outil de bêchage), désignant aussi la surface de vigne (4 à 5 ares) pouvant être fossoyée en une journée.

 Dans l'ouvrage "Béziers, les rues racontent" de Yves Rouquette, une autre théorie intéressante est évoquée :
La racine "Cam" ou "Cham" désignait, dans l'époque pré-romaine, un plateau rocailleux (on retrouve cette racine dans les noms de lieux du plateau ardéchois). Il se peut donc que les habitants de Béziers aient été désignés en ces temps anciens par "ceux du plateau", à savoir un truc du genre : "les camels", ce qui aurait engendré la légende du chameau par une tentative d'explication de l'appellation.